Histoire

Les Origines du Whisky Japonais

Par La Rédaction de La Chronique du Whisky · Histoire · 5 min de lecture · Publié le 8 janvier 2025

L'histoire du whisky japonais s'ouvre en 1918, année où un jeune chimiste nommé Masataka Taketsuru embarqua pour l'Écosse afin d'y étudier l'art de la distillation. Issu d'une famille de brasseurs de saké de la région d'Hiroshima, Taketsuru voulait rapporter au Japon les savoir-faire du scotch pour en établir la première production locale. Il étudia à l'université de Glasgow, apprit le gaélique et travailla successivement dans plusieurs distilleries des Highlands et de Speyside.

En 1920, il épousa Rita Cowan, jeune femme écossaise dont la famille l'avait accueilli à Kirkintilloch. Le couple rentra ensemble au Japon la même année, emportant avec lui carnets de recettes et notes techniques rédigés en écossais et en japonais.

La fondation de Yamazaki

En 1923, Shinjiro Torii, industriel visionnaire fondateur de l'entreprise Suntory, décida de créer la première distillerie de whisky de malt du Japon et confia sa direction technique à Taketsuru. Le site retenu fut celui de Yamazaki, aux portes de Kyoto, choisi pour la pureté de son eau, la qualité de son air humide et la proximité de trois rivières convergentes.

La distillerie commença à produire ses premiers whiskies dès 1924 et lança son premier embouteillage en 1929 sous le nom de Suntory Whisky Shirofuda. Le public japonais accueillit ce spiritueux avec réserve, jugeant ses arômes tourbés trop marqués pour son palais habitué à des saveurs plus délicates.

« Notre whisky doit parler notre langue avant de parler celle du monde. »
Shinjiro Torii, fondateur de Suntory

Deux philosophies divergentes

Taketsuru et Torii finirent par se séparer en 1934, chacun défendant une vision différente. Taketsuru s'installa alors à Yoichi, sur l'île de Hokkaido, dans une région dont le climat et la géologie rappelaient l'Écosse, et fonda la distillerie qui allait devenir Nikka. Il souhaitait produire un whisky de style écossais, fidèle aux enseignements reçus dans les Highlands. Torii, de son côté, poursuivit chez Suntory une recherche d'harmonie et d'équilibre plus caractéristique de l'esthétique japonaise.

De cette divergence originelle naquirent les deux grandes écoles du whisky japonais, dont l'héritage continue de structurer aujourd'hui la production nationale.

Une reconnaissance mondiale tardive

Longtemps méconnu à l'étranger, le whisky japonais accéda à une reconnaissance internationale à partir des années deux mille, à la faveur de distinctions obtenues lors des grands concours européens. Il est désormais considéré comme l'une des grandes traditions mondiales de la distillation, aux côtés du scotch écossais, du whiskey irlandais et du bourbon américain.